Croatie : l'autre riviera

Cigale Mag n° 46
Juin 2013


L'histoire à grandes enjambées

©DR
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Le 1er juillet 2013, la Croatie entre dans l’Union Européenne. Drôle de pléonasme propre aux docteurs Folamour qui nous gouvernent et ignorent sans doute qu’ils s’adressent là aux descendants des Illyriens, tribus indo-européennes dont on situe l’origine en Iran auxquelles les Celtes, quelque quatre siècles avant notre ère, puis, bien plus tard, les Grecs, les Romains et les Slaves viendront s’agréger.
On verra également les Huns, les Germains, les Visigoths et les Lombards déferler sur cette péninsule idyllique, baignée par les eaux cristallines de l’Adriatique, hérissée de vignes et de champs d’oliviers. Plus tard - bien plus tard - Venise, Byzance, l’Empire Ottoman et, beaucoup plus récemment, l’Empire Austro-hongrois, viendront à leur tour marquer de leur empreinte l’architecture et le caractère (et les mœurs) des Croates qui oscillent toujours entre indolence méditerranéenne, fatalisme balkanique et un respect fort germanique de la nature, du bien commun et des autres.

Porec, Saint-Trop mais pas trop

Le port de Porec - ©DR
Le port de Porec - ©DR
Le petit port de Porec, déjà chauffé à blanc à la mi-avril par une trentaine de degrés, ressemble à s’y méprendre à celui de Saint-Tropez. Le même intimisme, les mêmes toits écarlates, les mêmes yachts et quelques créatures toutes aussi belles règnent sur ces quais immaculés (une spécialité de la Croatie : le souci de la propreté qui ferait passer les Suisses pour des Français).
À quelques brasses, l’île Saint Nicholas (la côte dalmate en compte plus de 1 000 !) qui appartient au groupe Valamar, complexe hôtelier incontournable dans la région où 25 structures (du camping jusqu’au 5 étoiles en passant par des concepts spécialement dédiés aux cyclistes) monopolisent les plus beaux sites de l’Istrie. D’ailleurs, la Villa Polesini, magnifique palais Austro Hongrois rose et blanc, qui clôt le quai face à la mer, est une autre propriété de Valamar qui a restauré cette villa (qui jouxte un jardin hérissé de vestiges romains et compte une cave antédiluvienne) pour y accueillir célébrations et autres mariages.
Mais, Porec vaut également pour ses ruelles romaines et sa basilique Euphratéenne, la mieux préservée au monde (mais, hélas, pas des touristes en pantacourts) et classée à l’UNESCO… Autant de trésors qu’on découvrira en compagnie du guide Adriano Mates. Cet érudit et polyglotte (formé aux langues étrangères grâce aux belles touristes rencontrées au cours d’une brillante carrière) nous édifi era sur le destin unique de la ville en particulier (tombée à 100 habitants au XVIIe à cause de l’épidémie de peste) et de l’Istrie en général où chaque nouvelle génération, naîtra pendant longtemps sous un drapeau (et une nationalité) différente de la précédente ; ceci au gré des diverses occupations, y compris napoléonienne. Les Italiens, dans la 1ère moitié du XXe siècle (il demeure 7 % d’italophones ce qui fait de l’italien une des langues officielles de l’Istrie), ainsi que les Allemands verts de gris annexeront à leur tour la belle Porec.
Et, à partir de 1944, sous le long « règne » de Tito, d’autres Allemands (en chaussettes et sandales cette fois-ci) occuperont pacifiquement ce lieu de villégiature de la noblesse viennoise venue comme nous admirer les mouettes dans leur nid sur les toits (très rare !).

Le cloître de la basilique - ©DR
Le cloître de la basilique - ©DR
On parcourra la ville jusqu’à la basilique byzantine pour y admirer les fresques et l’autel en imaginant les patriciens et beaucoup plus tard, les femmes en crinolines, foulant le même decaemenus romain. Parmi les nombreuses boutiques où s’entasse l’artisanat « local » made in China, on notera cette échoppe où de magnifiques masques d’inspiration vénitienne garnissent une vitrine. Ceux-ci sont faits localement à base de papier mâché et de laque selon l’enseignement de l’académie vénitienne. Le résultat est tel que, même les Italiens se fournissent ici.
Des tours vénitiennes du XVe siècle reconverties en Konoba (l’équivalent de nos tavernes) offrent depuis leurs toits haut perchés une vue imprenable sur le golfe clair. Le restaurant Peterokutna Kula (vera@kula-porec.com.hr ) est l’un de ces lieux incontournables en forme de pentagone où, comme dans la plupart des hôtels et restaurants d’Istrie, la gastronomie tient du grand art. Quant au vin, qu’il fut blanc (Malvazija) ou rouge (Teran), il occupe ici la même place qu’en France (pour une qualité souvent comparable) et s’achète ou se déguste chez le caviste Crispinilla. À ce propos, on ne manquera pas de goûter aux spécialités locales plus confidentielles comme la liqueur de vin (uniquement en Istrie) baptisée ici « Teranino » ou le muscat à la rose.
Porec ne se décrit pas mais se vit comme une ode à la Dolce Vita façon croate. Celle-ci passe par une indolence (et non point un relâchement) toute méditerranéenne, un art de vivre intimement lié au soleil et la mer omniprésente qui ondule au rythme du déhanchement des filles. Et pour des rythmes plus soutenus, on ne manquera pas les nuits endiablées du Café del Mar sur le port. Quand les plus blasés des noctambules parisiens croyaient avoir tout vu, ils découvriront dans ce haut lieu de la nuit locale, les serveurs en train de jongler avec des cocktails en feu. À voir et à vivre absolument mais prévoyez quand même un tube d’aspirine.

Christian Rol



  

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